Avec Frédérique Guétat-Liviani, nos complicités en écriture, arts picturaux et travail éditorial nous ont donné le désir de cette exposition au Centre européen de poésie d’Avignon que nous avons appelé 2hOrs
2 maisons d’éditions hors du flux tant commercial qu’idéologique.
2 installations qui en appellent à l’invisible et au refoulé imposé par les empires phallocratiques.
2 écritures qui vont de la résistance au monde cruel et matérialiste avec sa langue grise mondiale, jusqu’à l’effleurement de la lumière. Toutes 2 nous ne craignons pas d’évoquer les âmes, leurs présences, et l’invisible qui est vitalement fondateur de notre passage en ce monde.


Je présente des fragments d’un mur de 108 rectangles dorés où se lisent selon les pas du visiteur dans l’espace des surgissements de signes oscillant entre formes géométriques et calligraphies surnominales, eux aussi dans la palette des dorés.
108 est le nombre désigné en sanskrit par le mot Harshad qui signifie « grande joie ».
J’ai travaillé ces 9 rectangles de 1m x 0,70 m chacun avec des papiers de culte bouddhique, des pigments d’or pour évoquer la présence de l’invisible qu’on peut situer dans la spiritualité, à savoir le désir d’une conscience que les Sages asiatiques appellent le Soi, l’éveil. « Passer de l’autre côté du miroir » lieu du dedans et du dehors où la dualité cesse sans pour autant se détourner ou s’extraire du monde. Au contraire. En contre point pictural, je présente un travail sur papier fait avec des poudres rouge-piment et des poudres jaune-turmérique, ces dernières sont utilisées dans les soins ayurvédiques entre autres. Monochromes célébrant la force de vie.

Jacqueline Merville partage son temps entre le sud de la France et l’Inde.

Mur doré, 108, Fragments


Hors l’espace du livre, il y a également mon travail plastique.
Mes installations allient corps, images et mots, ordonnant ainsi un tout autre alphabet.
Je dessine et j’écris, c’est comme un va et vient entre deux langues.
Je parle ces deux langues et les confonds souvent.
Ce que j’écris, je le dessine avant. La page, c’est le paysage.
Je recueille des lettres, des mots, je les pose sur une surface plane.
Ces mots, ce sont ceux que je porte tous les jours. Sinon, écrire, ce serait une activité de loisir, quelque chose de gracieux mais à côté de ma vie.
J’installe dans l’écriture des mots déplacés, pour les faire entendre ailleurs.
Je voudrais rejoindre une écriture d’intempérie qui effacerait les seuils en brouillant l’écho.
Que cette écriture-dessin soit un outil pour écaler le mystère de notre passage ici.

Frédérique Guétat-Liviani
10 mai 2016, Marseille.

IO – (29 fragments de peau)

Cette installation est composée de 29 dessins qui sont chacun un fragment de la peau d’Io.
Chaque dessin est un poème et de ce fait, chaque dessin a une existence singulière. Tous ont un lien avec la représentation topographique : atlas, carte maritime ou céleste.
Seul l’ocre rouge du tracé sur l’ocre jaune de la feuille, nous ramène à la terre mère.
Puis l’assemblage des 29 dessins laisse apparaître la peau d’Io, toute entière.
La prêtresse dépecée, cependant reconstruite. Au mur, ses morceaux fédérés.

Les TOMBEAUX (9+7 corps inconnus)
Les boites contiennent des corps abandonnés.
Corps d’ animaux, corps de végétaux, corps de lettres. Unis dans la perte.
Fragments juxtaposés dans le silence d’un infime-infini recueillement.