Couverture Revue le Crieur n°3.

L'ACADEMIE FRANCAISE

UNE ZONE DE NON DROIT EN PLEIN PARIS

encore un article qui dévoile l'une des multiples opacités de notre république, et son obstination à refuser de balayer certains héritages de l'ancien régime... On y apprend notamment l'immense fortune de la maison, le traitement très « particulier, hors XXIème siècle » des 200 personnes qui constituent le personnel... et que « les innombrables irrégularités dénoncées par la cour des comptes ne font jamais l'objet de sanction », que bien des faits sont possibles grâce - et ça ne tombe pas du ciel - grâce à « un vide juridique organisé ».

A l'heure où l'ensemble de la culture est bien mal menée au niveau national, (certaines structures sont fermées, d'autres ont du mal à boucler leur budget, etc) et où la paupérisation des auteurs va grandissant, à quand un vrai remaniement et une juste redistribution ?

Revue du Crieur n°3, co-éditée par Mediapart et La Découverte

Voilà qui ne pouvait manquer d'attiser ma curiosité.
Il faut préciser que Francis Dhomont, pionnier bien connu - et honoré - de la musique électroacoustique, travaille depuis longtemps avec les textes de Kafka ; il est un familier de son univers.
Troisième et dernier volet du cycle des PROFONDEURS, ce disque s'intitule LE CRI DU CHOUCAS*.

L'ensemble des sons - évidemment non identifiables - prolonge chez l'auditeur l'étrange désarroi induit par l'écriture de Kafka ; le prolonge et l'amplifie ou le bouleverse radicalement. Cette profusion a nécessité une construction rigoureuse très équilibrée dans la distribution des courtes citations de textes de l'écrivain tout au long des 12 séquences.

Parmi elles, et il faudrait bien des pages encore pour analyser vraiment le montage acoustique, je note en milieu et fin de la séquence 3 l'emballement sonore en avalanche qui renforce l'engrenage de l'imaginaire avec de brusques retombées vers le concret.

A la séquence 5, pris avec « l'homme de la campagne » dans le rideau sonore, les auditeurs ressentent profondément ce qui agite, ce qui peuple cette attente avec ses à-coups d'espoir/désespoir, son questionnement sans fin.
Et ce mot « Warrum ? », (Pourquoi ?) Qui la clôt
Warrum répété plusieurs fois qui hante l'ensemble de la composition : la question sans réponse possible....
Le thème du père se déploie dans la séquence centrale 6 qui est la plus longue (14 min). Très troublante car au fil de l'écoute se re/découvrent des fragments connus et qui prennent dans cet environnement là, une intensité autre, différente.

Les voix (dont celle de Marthe Robert) transformées, ou non, ajoutent à la dramaturgie générale avec beaucoup de sobriété, contrastant avec les explosions et tourbillons de musique dont Francis Dhomont sait parfaitement, en grand maître qu'il est de la matière sonore, infléchir des nuances inattendues faisant de ce disque un grand bonheur d'écoute qui enrichit tout autant notre réflexion que notre théâtre intérieur.

CD Le Cri du Choucas, Francis Dhomont; Illustration: Inès Wickmann; empreintes DIGITALes IMED 16138 2016